La gestion participative : les modèles utilisés à La Fabrique

Notre vision de la gestion participative

Dès ses débuts en 2013, La Fabrique s’est organisée autour d’un modèle de gestion participatif. L’organisation était alors enregistrée sous la forme légale d’une association. La gestion du projet se faisait d’une façon très informelle. La coop telle qu’on la connaît aujourd’hui a d’ailleurs été imaginée dans le salon du 1801 rue Denault entre deux bières lors de soupers collectifs et dans le garage derrière le bloc parmi les poules (photos à l’appui pour les sceptiques), les pneus d’été entreposés et les vélos rouillés. En tant que porteurs du projet, notre objectif  a toujours été de faire de celui-ci une coopérative de solidarité. Malgré les nombreuses mises en garde qui nous ont été adressées, entre autres envers la complexité de ce modèle d’entreprise, nous avons toujours cru qu’une coopérative de solidarité serait le modèle le plus adapté pour le service que nous voulions créer et collectiviser. Nous croyons aujourd’hui que c’est par l’intégration de méthodes de gestion participative hétérodoxes que nous ferons de notre coopérative une organisation résiliente et forte.

Une vision à partager

Nous croyons que c’est par le partage des méthodes de tout un chacun que nous serons en mesure de créer des organisations qui seront pérennes et que nous serons en mesure de démontrer la solidité et la pertinence de l’économie sociale québécoise. C’est dans cette perspective que le 21 mars 2015 nous avons organisé une formation introductive à la gestion participative en partenariat avec La Factrie à Dunham. L’évènement a rassemblé plus d’une vingtaine de personnes de différents milieux et leur a permis de s’initier aux méthodes de gestion utilisées à La Fabrique.

Julien et moi-même avons abordé cet atelier comme un après-midi de jeu pour les participants et une opportunité pour nous de tester un prototype de formation sur des sujets que nous apprécions particulièrement. De notre côté, l’après-midi fut un succès, car l’atelier a bien été accueilli par les gens, et à en juger à leurs sourires, eux aussi ont bien apprécié!

Posted by La Fabrique – Coop d'ateliers collectifs on Sunday, March 22, 2015

Penser avec ses mains

Nous avons construit la formation en ayant une pensée en tête (pensée qui nous est chère à La Fabrique) : rien ne vaut l’expérimentation. Nous n’avons pas l’expertise ni le culot de prétendre que nous sommes des professionnels de la gestion participative, nous n’avions donc pas la prétention d’être en mesure de monter une présentation théorique sur la gestion participative (de toute façon, ça n’aurait pas été très stimulant). Nous avons donc planifié une après-midi d’expériences pour que les gens puissent s’approprier trois méthodes : la sociocratie, le desigh thinking, et l’art of hosting. Les activités et les présentations ont été abordées sous la thématique les meilleures méthodes de gestion participative. Les trois méthodes ont été présentées brièvement et ont surtout été expérimentées directement lors de l’activité. Les participants sont donc repartis avec un bagage expérimental qu’ils ont été capables d’appliquer dans leur organisation (on l’espère!) dès le lendemain matin. Pour mieux illustrer ce qui a été réalisé, je vous invite à consulter les diapositives que nous avons présentées pendant l’après-midi.

L’atelier, en bref

Julien a commencé par présenter un historique de la gestion telle qu’elle est enseignée et appliquée aujourd’hui. En s’inspirant des écrits d’Henry Mintzberg sur le sujet, il a ensuite démontré que la gestion “réelle” n’a aucun lien entre la théorie et la pratique. Plusieurs des pratiques et fonctions qui sont associées aux gestionnaires sont en réalité des mythes. Les “bons” gestionnaires n’appliquent pas vraiment la théorie classique du management. Le “réel” rôle d’un gestionnaire peut généralement se décliner en trois grands thèmes.

  1. Le gestionnaire maintient plusieurs relations à différents niveaux, autant à l’intérieur de son équipe et de son entreprise qu’à l’extérieur de son environnement de travail. Un des rôles du manager est donc de développer et de maintenir son réseau afin de faire évoluer ce sur quoi il travaille dans le temps. On dira donc que le gestionnaire a un rôle interpersonnel important. Il est à noter que les relations qu’il détient ne sont pas forcément formelles. En fait, la majorité des communications qu’il aura (surtout dans son environnement de travail immédiat, mais parfois à l’extérieur) sont informelles. C’est par des appels téléphoniques et par des discussions devant la machine à espresso que le gestionnaire développe ses relations ;
  2. Par ses nombreux liens relationnels, le gestionnaire détient un rôle clé lié à l’information. Effectivement, il est le centre nerveux de tout ce qui se passe dans son équipe, son entreprise et à l’externe. L’information (de n’importe quel type) circulera nécessairement par lui à un moment ou un autre. Être gestionnaire, c’est nécessairement “être au courant de…” ;
  3. Finalement, le gestionnaire a un rôle décisionnel. Par sa position dans l’entreprise, c’est lui qui fera converger l’équipe vers la prise de décisions. Cela ne signifie cependant pas que le gestionnaire doit lui-même prendre les décisions. Du moins, pas toutes les décisions.

Trois rôles, trois méthodes de gestion

Suite à cette présentation, Julien et moi avons posé la question suivante :

Quelles sont, selon vous les meilleures pratiques de gestion?

Design thinking

Les participants ont alors eu à faire un brainstorm silencieux, où ils devaient coller des post-its avec leurs idées sur les murs. Ils ont ensuite dû regrouper leurs idées en catégorie et finalement nommer ces dernières.

Ce fut notre manière de leur faire comprendre l’importance de la créativité et du jeu derrière le rôle du gestionnaire lié à l’information dans un contexte participatif. De nombreuses méthodes existent pour stimuler la créativité et l’innovation, et ainsi mettre à profit l’intelligence collective d’un groupe ou d’une équipe. En tant que gestionnaire, il faut cependant être en mesure de déterminer dans quel espace (inspiration, idéation ou implantation) se situe le projet en cours de réalisation afin de comprendre les différentes mentalités à adopter.

Références :

Sociocratie

Par la suite, afin de déterminer collectivement les meilleures pratiques de gestion, Julien a animé une réunion à saveur sociocratique. Ce genre de réunion décisionnelle est fondée sur le consentement et remplit trois fonctions fondamentales.

  1. Permettre l’équivalence des voix ;
  2. Créer un processus transparent ;
  3. S’assurer d’une prise de décision efficace dans un contexte collaboratif et collectif.

Pour un gestionnaire, la connaissance de ce genre de méthodologie d’aide à la prise de décision lui permet de mettre son équipe et les gens avec qui il travaille de l’avant, afin de profiter de leur expertise, de leur intelligence émotionnelle et de leurs sensations une décision à prendre. La valeur du rôle décisionnel du gestionnaire est ainsi augmentée par l’application de cette méthode.

La proposition adoptée par les participants suite aux tours de consentement a donc été de publier leur liste des meilleures pratiques de gestion sur le blogue et sur la page Facebook de La Fabrique. Des liens devaient être développés entre les différents rôles afin de mieux illustrer les interactions entre ceux-ci, ce qui n’a malheureusement pas été réalisé faute de temps. Voici donc les meilleures pratiques de gestion, selon nos participants du 21 mars 2015.

Rôle décisionnel

Processus clair et partagé

Avoir une intention commune

Ouverture à la créativité

Rôle interpersonnel

Valoriser les ressources de chaque personne dans l’équipe

Attitudes et valeurs humaines ouvertes

Stratégie de communication consciente et holistique

Rôle lié à l’information

Qualités humaines empathiques

Stimuler et valoriser la participation

Accès efficace à l’information

Références :

Art of hosting

Julien a ensuite présenté les fondements et l’historique de l’art d’agir ensemble. Un très grand nombre de techniques provenant de l’art d’agir ensemble permettent aux organisations de passer d’un état de fragmentation à un réseau connecté et à orienter l’action de leurs travailleurs vers ce qui semble le plus significatif.

Dans le cas présent, les participants ont été invités à expérimenter l’une de ces techniques : le pro-action café. Nous avons leur avons posé la question suivante :

Comment comptez-vous appliquer ces méthodes de gestion participatives lundi prochain, le mois prochain, ou l’année prochaine?

Alors regroupé en équipe de trois, l’un des participants a dû brièvement présenter le projet sur lequel il travaille, mais surtout comment il allait appliquer ces méthodes dans sa pratique. Suite à cela, les deux autres membres de l’équipe ont eu quelques minutes pour poser des questions afin de préciser sa pensée. Ces deux personnes ont ensuite eux quelques minutes pour émettre leurs commentaires sur ce qui venait d’être discuté, sans que le premier participant ne puisse intervenir. Finalement, le premier participant a pu lui aussi émettre ses commentaires sur l’exercice, sans que les deux autres n’aient le droit de parole.

C’est ce qui a mis fin à l’activité. Les participants sont donc sortis de l’activité en ayant appris et expérimenté quelques méthodes et grâce au pro-action café, certains sont même ressortis avec un plan applicable à court terme.

Références :

L’envers du décor

Du côté de Julien et moi, l’expérience fut fantastique. Comme vous le comprenez probablement maintenant, l’atelier a été créé avec l’aide des outils qui ont été démontrés lors de celui-ci, ce qui nous a permis d’appliquer toutes ces techniques nous-mêmes, une fois de plus. Être en mesure de partager une partie de ce qui nous passionne profondément avec un public réceptif a été des plus agréable et des plus formateur. Comme l’a si bien dit Julien suite à l’évènement,

J’ai jamais vu l’après-midi passer!

ce qui est très bon signe!

La gestion participative, c’est pour vous?

Oui! Et nous pouvons même vous aider à vous mettre la puce à l’oreille ou la main à la pâte! Si la lecture de ce billet de blogue a piqué votre curiosité ou si l’une des méthodes présentées vous a particulièrement allumé, n’hésitez pas à consulter les ressources qui sont incluses dans les diapositives. Julien et moi vous mettons au défi de jouer avec ces concepts afin de les expérimenter directement dans votre organisation. Et ce, dès demain matin! Laissez en commentaire vos impressions et vos expériences en lien avec la gestion participative, ce sera un plaisir d’en discuter avec vous!

Si vous croyez qu’il serait bénéfique pour organisation de participer à un atelier comme celui-ci, n’hésitez pas à faire appel à nous. Nous pourrons explorer ensemble les différents aspects de ces méthodes et nous pourrons même jouer avec vous afin d’évaluer comment il est possible pour votre organisation de les intégrer dans ses activités. Écrivez-nous à info@lafabriquecoop.org.

Leave a comment

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *